Les animaux « macroscopiques », c’est-à-dire ceux qui sont visibles à l’œil nu, dont l’ordre de grandeur est comparable au nôtre, ce qui inclut ceux que nous sommes amenés à côtoyer dans notre vie courante, sont constitués d’un grand nombre d’unités appelés « cellules ». Il se traduit ensuite, comme on l’a mentionné plus haut, pas une aptitude originale de l’espèce humaine, qui est l’extrême accumulation de connaissances d’une génération sur l’autre, accrue encore durant la période historique par les outils d’enregistrement et de stockage (Lagues et col, 2017) que sont l’écriture et ses dérivés (livres, bibliothèques) et les supports informatiques. Par exemple, la vieille règle darwinienne qui veut que, dans les espèces qui élèvent leurs petits, ceux-ci soient particulièrement protégés, se retrouve dans l’espèce humaine, qui privilégie aussi la protection des plus jeunes et est beaucoup plus choquée par la maltraitance de jeunes que par la maltraitance d’adultes. Elles témoignent de l’existence d’une pensée, voire d’une pensée consciente, chez les animaux les plus « céphalisés ». Beaucoup d’entre eux préfèrent certaines formes, certaines couleurs, certains motifs de chant (Lestel, 2009). L'animal reste ainsi un modèle pour penser l'homme, quelque soit le statut qu'on lui accorde ou la conception qu'on en ait. Des règles morales variées viennent contredire « la loi de la jungle » et permettent entre les individus des comportements altruistes nombreux.Dans les troupes de chimpanzés en semi-liberté, Frans de Waal (1992) a, par exemple, pu observer des comportements que nous qualifierions volontiers de moraux : réconciliations, punitions de déviants par rapport à la norme sociale, aide aux jeunes et aux handicapés, etc. Par rapport aux autres animaux, le nombre considérable de connexions nerveuses qui existent dans le cerveau humain ne fait effectivement aucun doute sur plan scientifique.

Et la formule chrétienne selon laquelle le Christ, dont on « consomme le corps » sous la forme de l’hostie, est « l’agneau de Dieu », fait métaphoriquement référence au même thème.

On pourrait multiplier les exemples.Dans les religions monothéistes, comme le judaïsme, le christianisme et l’islam ; le rapport à l’animal est plutôt une rupture sacrificielle, fondée notamment sur le sacrifice d’Abraham rapporté dans la Bible ; où la mort de l’animal remplace la mort d’un être humain : au moment où Abraham veut sacrifier son fils à Dieu, l’ange intervient, selon la Bible, et demande le remplacement du sujet humain par un animal. L’animal, un thème aux multiples facettes. Comment penser l’animal en évitant les pièges de l’anthropomorphisme ? C’est le dualisme cartésien de l’âme et du corps. Ainsi la cellule vivante laisse une autonomie de fonctionnement aux organites qui la composent, l’organisme fait de même pour les organes qu’il contient et une colonie, comme la ruche ou la fourmilière, fait de même pour les individus qui la constituent.

Ainsi, à l’époque même de Descartes, Madame de Sévigné rappelait déjà, à propos des animaux : « Les récents progrès de l’éthologie ont restreint, sans vraiment totalement le combler, le fossé qui semblait ainsi séparer, de manière absolue, l’être humain des autres animaux dans le domaine de l’intelligence et de la culture et, sur le plan philosophique, la question reste encore très débattue. À ce titre, les végétaux aussi possèdent une âme, mais limitée à des fonctions nutritives. Certes Claude Bernard a élargi le mécanisme sommaire de Descartes, en insistant sur le milieu intérieur et sur l’harmonie complexe du corps vivant et, par suite, sur la différence entre vivant et machine. Dans l’état actuel des connaissances (Auffret van der Kemp et Lachance, 2013), deux groupes d’animaux possèdent, sans aucun doute, des processus de douleur et de souffrance : les vertébrés et un groupe très évolué de mollusques, les mollusques céphalopodes, qui comprennent la pieuvre ou la seiche.

Il faut tout de suite distinguer ici deux options philosophiques fondamentales : celle qui vise à protéger les animaux en tant qu’espèces et populations, une option qu’on peut rattacher au mouvement d’écologie politique, et celle qui vise à protéger les animaux dans leur individualité, en fonction même de leurs particularités biologiques individuelles.

(Voir l’article « Vivant » de l’Chez plusieurs groupes d’animaux, on assiste à l’accroissement du rôle d’un organe central de contrôle nerveux, généralement situé à l’avant de l’animal près d’organes sensoriels, qu’on appelle, chez les vertébrés, l’ « encéphale » et qui contient des régions supérieures appelées « cerveau ». Ainsi lorsque la pierre sur laquelle il veut fracturer des noix n’est pas stable, le chimpanzé est capable d’aller chercher une autre pierre pour la caler. Pour les tenants du spiritualisme, pensée et cerveau sont deux choses liées, mais différentes : le cerveau est l’organe matériel de l’expression de la pensée, mais celle-ci peut très bien exister en l’absence du cerveau.

En ce qui concerne le chant, comme le rappelle Lestel (2009), les oiseaux « Une exception est fournie par les différentes espèces d’ « oiseaux jardiniers » ou « oiseaux à berceau » de Nouvelle-Guinée et d’Australie, où le mâle, pour séduire sa femelle, édifie ce qu’on appelle un berceau (mais qui n’a aucun rapport avec un berceau au sens commun du terme). C’est d’ailleurs là un retournement original, voire humoristique, de l’Histoire : la recherche biologique, entamée sur des bases cartésiennes et bernardiennes, qui nient toute sensibilité à l’animal, en est arrivée à démontrer que, sur le plan de la sensibilité, l’homme et les (autres) animaux ne différaient pas fondamentalement !Pour la sensibilité nerveuse dans sa version la plus simple et la plus générale, on parle techniquement de « nociception », un processus qui permet d’éviter aux animaux les situations qui pourraient porter préjudice à leur corps. Cette thèse du dessein intelligent, dont on peut trouver la naissance dans la pensée originale de Teilhard de Chardin (2007), paléontologue et prêtre jésuite, se présente donc, à l’origine, comme une conception de l’évolution des espèces portée par des convictions spiritualistes, opposées à la philosophie athée du darwinisme traditionnel, qui, dans la plupart des cas, prône des mécanismes évolutifs « aveugles » et soumis à la seule action du hasard. Soc.