Seuls ceux-ci permettraient en effet d’écarter la critique de fond selon laquelle les explications psychanalytiques, formulées par l’analyste sous la forme d’interprétations et de constructions, sont acceptées par le patient grâce la suggestion. Certes, Freud décrit sa découverte du sens et les logiques de celui-ci, et la causalité particulière dont elle témoigne, dans les termes de la physiologie et de la psychologie naturaliste de son époque. Ce document officiel confirme ce qu’est l’autisme, quelles sont les prises en charge adaptées, mais aussi et surtout l’absence de preuve de l’efficacité de la psychanalyse appliquée à l’autisme. Le premier, neuropsychologue, souligne l’actualité de la psychologie scientifique freudienne et appelle donc à une rapprochement entre psychanalyse et neurosciences cognitives autour d’un projet scientifique commun. Pour Lipps, le fait de voir une expression sur un visage réveille en moi « automatiquement » les influx nécessaires à la production de cette expression. Il sera tenté de mettre en doute en revanche la valeur des connaissances issues d’une méthode qui refuse les critères habituels de la validation scientifique.La confrontation risque d’être sans issue, car au delà de la validation des théories, il s’agit de juger la pratique de l’autre au regard de ses propres critères. Il n’existe en effet, pour concevoir cette articulation, d’autre voie que celle d’une recherche de compatibilité entre la psychanalyse et le plan des fonctions générales de régulation de l’action, du langage et de la pensée qui apparaissent, dans l’état actuel des connaissances, susceptibles d’être corrélées au fonctionnement neurobiologique.Le problème soulevé par les relations avec la biologie a finalement deux implications. La critique de ce dernier serait donc juste, mais elle témoignerait d’une ignorance de la nature même de la psychanalyse.
Le second, psychanalyste, critique l’illusion du projet naturaliste initial pour reconnaître la spécificité de la psychanalyse en tant que pratique, et invite à débarrasser la théorie de ses prétentions naturalistes et de son réductionnisme scientifique pour n’en retenir que la portée clinique (voir Pribram et Gill, 1976).L’actualité des recherches en sciences cognitives donne l’occasion d’illustrer ce problème. La situation de la psychanalyse parmi les sciences ne cesse d’interroger. Le problème aujourd’hui n’est pas d’opposer deux représentations concurrentes de l’esprit dans le cadre d’une polémique idéologique, mais de déterminer l’intérêt et les possibilités d’un échange entre des démarches distinctes, qui génèrent des connaissances de nature différente dans des buts également différents. Freud, tout en rejetant, comme on l’a vu, la notion de centres localisés, avait conservé l’idée d’images stockées dans des ensembles nerveux, concept dont il fut un des premiers utilisateurs en psychologie.

On rejoint ici les avancées des sciences cognitives de l’action, révisant les liens entre action, intention et représentation (Jeannerod, 1994).Une dernière difficulté apparaît alors.
Certaines des affirmations sujettes à controverse faites par Freud au sujet du psychisme humain seraient donc mieux comprises si l’on dégageait ces racines biologiques. C’est une des forces de la théorie psychanalytique que d’avoir mis l’accent sur le rôle du lien interindividuel à une époque où la psychologie objective, béhavioriste, n’offrait qu’un point de vue solipsiste, celui de l’adaptation de l’individu à un environnement constitué de stimuli demandant des réponses, ou source de problèmes à résoudre.Ce qui justifie la comparaison entre théorie psychanalytique et psychologie cognitive est l’importance que l’une et l’autre attachent aux mécanismes de la relation interindividuelle. 1 - Joseph Rouzel, Du travail social à la psychanalyse, Les éditions du Champ social, 2001 2 - Philippe Lacadée, Lieu d'adresse pour la souffrance, La Lettre mensuelle de l'École de la Cause Freudienne, N° 183, déc. Il pourrait en être de même pour d’autres disciplines comme la psychanalyse, science d’une pratique en attente d’une science fondamentale capable d’en proposer des explications scientifiques au sens de Popper et de Grünbaum.Ce changement de perspective transforme le débat classique sur le statut de la psychanalyse entre herméneutique et sciences positives. Cette compétence lui permet de lire l’esprit des autres (mind-reading), de leur attribuer des états mentaux éventuellement différents des siens et donc de réaliser que les autres ont, eux aussi, un Je. Les objets de la métapsychologie (le refoulement par exemple) sont plutôt, de ce point de vue, des objets cliniques complexes produits par ces mécanismes, des actes mentaux certes de nature particulière, mais qui à ce titre doivent être eux-mêmes décomposés au regard des opérations et fonctions décrites par les sciences objectives du fonctionnement mental.Selon cette perspective, l’approche objective, voire expérimentale, du fait psychanalytique (par exemple des opérations mentales élémentaires mises en jeu dans l’oubli du refoulement, la remémoration, la pensée associative, etc.)